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  • : Communistes libertaires de Seine-Saint-Denis
  • : Nous sommes des militant-e-s d'Alternative libertaire habitant ou travaillant en Seine-Saint-Denis (Bagnolet, Blanc-Mesnil, Bobigny, Bondy, Montreuil, Noisy-le-Sec, Pantin, Rosny-sous-Bois, Saint-Denis). Ce blog est notre expression sur ce que nous vivons au quotidien, dans nos quartiers et notre vie professionnelle.
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Pour nous contacter: Alternative libertaire 93, BP 295, 75921 Paris Cedex 19 ou par e-mail (montreuil@al.org, saint-denis@al.org ou al93@al.org)

Vous pouvez nous rencontrer au marché de Noisy-le-Sec (2ème samedi de chaque mois, 11h-12h), au marché de la gare RER de Bondy (4ème samedi de chaque mois, 11h-12h), au marché Croix-de-Chavaux à Montreuil (2ème dimanche de chaque mois, 10h30-11h30) et à l'angle de la rue Gabriel Péri et de la rue de la République à Saint-Denis. Nous y vendons le mensuel Alternative libertaire.

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Retrouvez notre nouveau site : www.libertaires93.org

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Vérifiez sur trouverlapresse.com, car des changements peuvent avoir lieu.
Bagnolet: Auchan, 26 av de Gaulle, 87 rue Robespierre, 47 av de Stalingrad. Bobigny: rue du Chemin Vert, Hôpital Avicenne. Bondy: Gare RER. Montreuil: M° Croix-de-Chavaux, 1 av Pasteur, 5 rue E. Varlin, 170 rue de la Nouvelle France. Noisy-le-Sec: Gare RER, 8 rue Jean Jaurès. Romainville: 80 bd H. Barbusse. Rosny-sous-Bois: Carrefour Rosny II, 2 rue Gallieni, 3 av Gallieni. Saint-Denis: 17 pl du Caquet, 4 bd A. France, Cité Franc Moisin, 105 rue Gabriel Peri, Pl des Poulies, Pl du 8 mai 45, 2 rue G. Philippe, 46bis bd J. Guesde, M° Saint-Denis Basilique.
8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 21:08
AL 93 sera présente à la fête de la ville le mardi 14 juillet à partir de 11h, avec le comité NPA du Blanc-Mesnil.
C'est l'occasion de venir nous rencontrer, découvrir notre presse...
RDV place de la libération à Blanc-Mesnil toute la journée !
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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 21:06

NOUS, SALARIES DE CANAL TOYS, TOUJOURS EN LUTTE

canaltoysenlutte@gmail.com

Nous, salariés de Canal TOYS (entreprise située au Blanc Mesnil), par notre lutte, avons obtenu de notre employeur qu’il fasse les démarches pour notre régularisation.

3 d'entre nous sont toujours dans l’entreprise, 7 seront réembauchés en CDI à compter de septembre.

Ceci constitue pour nous, nos syndicats et nos soutiens une première victoire.

 

Les dossiers ont été déposés en préfecture le 29 mai.

 

Depuis, malgré les promesses orales de régler rapidement leur situation, et les demandes de rendez vous réitérées des organisations syndicales, la Préfecture ne répond plus.

 

Nous travaillons ici depuis des années, payons des impôts, des cotisations sociales. Nous faisons des métiers difficiles, en tension, pour lesquels l’employeur a choisi de nous embaucher.

 

Nos organisations syndicales et nos soutiens seront à nos côtés jusqu’à notre régularisation, et demandent à la Préfecture de nous octroyer des titres de séjour rapidement.

Notre lutte s’inscrit dans le cadre du respect des droits, de notre dignité et pour l’emploi

 

Soutenez nous auprès de la Préfecture par mail, fax, courrier!!!

Rendez vous tous les lundis à 8 heures, métro Pablo Picasso, Bobigny

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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 12:31

   

                            NOUS, SALARIES DE CANAL TOYS, TOUJOURS EN LUTTE
canaltoysenlutte@gmail.com

Après avoir travaillé des années, nous, salariés de Canal TOYS (entreprise située au Blanc Mesnil), par notre lutte, avons obtenu de notre employeur qu’il fasse les démarches pour notre régularisation. 3 d'entre nous sont toujours dans l’entreprise, 7 seront réembauchés en CDI à compter de septembre.
Ceci constitue pour nous, nos syndicats et nos soutiens une première victoire. Les dossiers ont été déposés en préfecture le 29 mai.
Depuis, malgré les promesses orales de régler rapidement leur situation, et les demandes de rendez vous réitérées des organisations syndicales, la Préfecture ne répond plus. Nous travaillons ici depuis des années, payons des impôts, des cotisations sociales. Nous faisons des métiers difficiles, en tension, pour lesquels l’employeur a choisi de nous embaucher. Nos organisations syndicales et nos soutiens seront à nos côtés jusqu’à notre régularisation, et demandent à la Préfecture de nous octroyer des titres de séjour rapidement. Notre lutte s’inscrit dans le cadre du respect des droits, de notre dignité et pour l’emploi Soutenez nous auprès de la Préfecture par mail, fax, courrier!!!
Nos soutiens sont: Solidaires 93 et l'UL CGT du Blanc-mesnil,
Alternative Libertaire 93, NPA Blanc-Mesnil, PCF 93, MRAP 93, les Verts 93, et
des personnes solidaires du Blanc Mesnil et d'ailleurs
 
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22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 22:02
Vidéo du rassemblement du 18/6/2009 à Bobigny des salariés de Canal-Toys (Blanc-Mesnil) en lutte et de leurs soutiens.

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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 21:34

Nous, les salariés  de Canal TOYS

Pendant des années, nous avons travaillé sans papiers et avons subi les pires abus de notre employeur.

Aujourd’hui, CANAL TOYS a fait les démarches pour nous régulariser, actant son besoin de notre travail.

Nous avons déposé nos dossiers en Préfecture le 29 mai : nous attendons notre régularisation.

Nous travaillons ici, nous payons des impôts, des cotisations sociales. Nous revendiquons simplement notre régularisation pour pouvoir vivre normalement.

Rejoignez nous et tous ensemble luttons jusqu’à notre régularisation!

Nous sommes soutenus par l’UL CGT du Blanc Mesnil et Solidaires 93, nos syndicats.

Mais aussi par : Alternative Libertaire 93, PCF Blanc Mesnil, NPA Blanc Mesnil, MRAP 93, Verts 93, des personnes solidaires du Blanc Mesnil ou d’ailleurs…
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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 17:48
La dernière session des Ateliers du Forum du Blanc-Mesnil s’est déroulée mardi 09 juin 2009 avec pour intervenant l’économiste Frédéric Lordon, auteur de nombreux ouvrages (dont le livre qui donne son titre à notre article, publié aux éditions Raisons d’agir en novembre 2008). Directeur de recherche au CNRS et chercheur au Centre de Sociologie Européenne, l’économiste hétérodoxe anime également un blog accueilli par le site du Monde diplomatique (http://blog.mondediplo.net/La-pompe-a-phynance) qui lui permet d’élargir la réception de ses travaux qui brossent à rebrousse-poil un tableau captivant de la crise actuelle du capitalisme.

 

1/ L’homme est prolixe, son exposé brillant.

 

_ Il sait allier le ton incisif et polémiste qui l’autorise à ferrailler contre les orthodoxies économiques, et l’analyse détaillée des mécanismes qui ont déterminé l’effondrement mondial du système financier dont les prémisses remontent au moins à 2007. Lordon a d’ailleurs rappelé malicieusement que lors de la dernière élection présidentielle Nicolas Sarkozy a vanté les mérites des « subprimes » auprès des petits épargnants quelques mois seulement avant la déroute de ceux-ci qui, partie des Etats-Unis, allait amorcer la crise systémique présente.

 

2/ Lordon subordonne son analyse sur ce qu’il nomme un « capitalisme de basse pression salariale » qui repose sur trois facteurs :

 

_ L’intensification du taux d’exploitation d’une part, une compression salariale corrélative entraînant la spirale de l’endettement d’autre part, et enfin la déréglementation internationale des marchés de capitaux concomitante d’un régime concurrentiel mondialisé. L’article 63 du Traité de Lisbonne signé par les 27 Etats membres de l’Union Européenne le 13 décembre 2007 insiste bien sur « la concurrence libre et non faussée » des capitaux, des biens et des services. Nous constatons aujourd’hui les conséquences sociales ruineuses d’un marché libre et sans entraves.

_ Ce régime d’accumulation a, depuis les années 80, entraîné la baisse de 10 points de PIB de la part revenant aux salaires dans la valeur ajoutée, (soir la coquette somme de 200 milliards d’euros), la stagnation de l’investissement productif, et la valeur général des encours boursiers supérieure à l’ensemble de la valeur produite par le travail subordonné par le capital.

_ La crise actuelle est, selon l’économiste, à la fois spécifique, générique, et singulière. Spécifique parce que, contrairement à l’éclatement de la bulle Internet en 2000-2002, elle concerne d’abord le marché immobilier puis s’est étendue à l’ensemble du secteur bancaire. Cette crise est générique parce qu’elle manifeste le caractère structurel d’un régime d’accumulation conduit à la crise systémique (depuis 20 ans, c’est en moyenne un crise de grande ampleur tous les deux ans). Enfin, cette crise est singulière puisque l’interconnexion mondiale du secteur bancaire et la relation étroite qu’il a noué avec le monde entrepreneurial peut, lors d’un risque systémique avéré, détruire tout le système financier et entraîner en conséquence la faillite de l’économie productive.

 

3/ En quoi, demande Lordon, le sauvetage des banques, tantôt par les Etats, tantôt par les banques fédérales, est-il à la fois un scandale et vital ?

 

_ C’est un scandale parce que le principe capitaliste bien connu de la privatisation des bénéfices et de la socialisation des pertes se vérifie à nouveau avec une ampleur inédite (ce sont plusieurs centaines de milliards de dollars qui ont été injectés afin d’éviter la banqueroute mondiale) qui démontre l’hypocrisie des gouvernements. Ces gouvernements qui n’ont pas cessé de nous seriner au sujet de caisses d’Etat prétendument vides, le trou de la sécu qui ne n’arrête pas de s’élargir, et de la quasi-faillite du système de financement des retraites par répartition. Ce sur quoi il faut bien insister, c’est sur le collectivisme pratique dont bénéficie la classe capitaliste qui sait, selon l’adage « to big to fail » (trop gros pour faire faillite), que seront mis à sa disposition des fonds publics nécessaires à leur sauvetage afin d’enrayer l’engrenage infernal.

_ C’est pourquoi, en régime capitaliste (puisqu’il n’en existe pas d’autre pour le moment), ce sauvetage est vital. Si le système bancaire s’effondre, ce sont les entreprises qui en subiront les conséquences. Elles ne pourront plus contracter de crédit pour investir, manqueront de liquidités pour entretenir leur solvabilité, verront leurs carnets de commande s’amoindrir, licencieront, ou bien seront tout bonnement entraînées dans la faillite totale parce que certains de leurs fonds auront été volatilisés à la suite d’une ivresse spéculative, déconnectée de la production de la valeur réelle parce que dopée aux innovations de la « finance structurée ».

 

4/ C’est la combinaison des « subprimes » et de la titrisation qui a provoqué la crise systémique actuelle.

 

_ Le « prime » désigne le standard à partir duquel une banque prête de l’argent à un contractant. Le « sub » du « prime », c’est ce qu’il y a en dessous du standard, là où les risques de non remboursement du crédit contracté sont très élevés.

_ La titrisation, ce montage gigantesque de crédits de ce type découpés en tranches afin de les échanger sur des marchés de crédits, et ventilés à l’ensemble du système bancaire, est cette dynamique qui à la fois fond dans la plus totale abstraction financière cette logique créancière, et indexe celle-ci sur une toxicité impossible à maîtriser et localiser. Au moindre retournement de tendance (les contractants de « subprimes » ne peuvent plus rembourser des dettes dont le montant est démultiplié par des taux d’intérêt usuraires), c’est le système financier – et ici particulièrement bancaire – qui, préférant spéculer plutôt que favoriser le crédit productif, se met à vaciller. Alors volent à son secours les Etats qui s’endettent et les banques fédérales qui créent ex nihilo de la liquidité afin de sauver ce qui peut encore l’être. Au risque de l’inflation.

_ Lordon, qui plaide pour une interdiction de la titrisation, a rappelé cet épisode historique qui date de l’époque de l’hyper-inflation allemande au début des années 20. Un homme qui se croyait riche parce qu’il possédait la somme de 63.000 marks a un jour reçu un courrier de son banquier lui expliquant que, en raison de la surévaluation de la monnaie, ce capital ne valait plus rien. Impossible à valoriser, la banque s’engagea alors à lui reverser une somme dérisoire qui s’élevait désormais à 1.000.000 de marks. Le timbre de cette lettre coûtait alors 5.000.000 ! Exemple paradigmatique de ce que les économistes régulationnistes André Orléan et Michel Aglietta ont appelé la « violence de la monnaie » pouvant entraîner la ruine des systèmes symboliques sur lesquels repose une société. Ses membres désorientés se croyaient alors autorisés à désirer un rappel brutal à l’ordre et à la discipline auquel a répondu à cette époque le nazisme.

 

5/ Voilà dévoilée l’ultime contradiction du capitalisme à basse pression salariale :

 

_ Alors que le salariat absorbe 70 % de la consommation finale, et qu’il est victime d’un régime d’accumulation en sa défaveur, il est contraint à s’endetter. En France l’endettement des ménages a été multiplié par deux en vingt ans. La dette publique étasunienne dépasse les 10.000 milliards de dollars, un peu en dessous de son PIB. Elle représente cinq fois le PIB français !

_ En contractant des crédits à la consommation, hypothécaires ou autres, les salariés sont rendus captifs d’institutions financières, imitées par des mutuelles dévoyées, et qui se sont ingéniées à combiner et triturer crédits classiques et crédits pourris pour un résultat désormais sans appel.

_ Enfin, la double contrainte concurrentielle et actionnariale a fini par déboucher, au-delà d’une compression des salaires affaiblissant la demande, à un régime de suraccumulation du capital pour lequel les taux de profit n’arrivent plus à suivre. Alors que la croissance était, à l’époque précédant l’actuelle récession, de 2 %, les retours sur investissement exigés par le pouvoir actionnarial frôlaient les 15 %, et la profitabilité du secteur bancaire approchait quant à elle les 50 % ! Et puis un beau jour, comme le disait Simone de Beauvoir dans Les Mandarins, « ça a finir par finir ».

 

6/ L’exposé de Lordon est virtuose, l’envolée analytique enivrante.

Mais le risque est de provoquer le sentiment d’une impuissance

face au descriptif de mécanismes financiers qui dépassent parfois l’entendement.

 

_ Or, au cours de l’intervention, le constat de l’horreur financière ne se suffit plus, et oblige à ne pas le dissocier d’une horreur économique plus globale avec laquelle elle a partie liée. Cette non dissociation du capitalisme financier et du capitalisme productif est nécessaire à l’heure où la doxa des économistes dominants ne traite que du premier volet d’un ensemble qui en compte deux. Mais Lordon va encore plus loin, affirmant que l’horreur économique est, pour parler comme l’économiste Jacques Généreux, d’abord et en premier lieu une horreur politique.

_ C’est à ce moment-là de son intervention que Lordon évoque son propre plan de relance au sein duquel la nationalisation du secteur bancaire se taille une place de choix. Du côté du public, certains critiques ne se font pas attendre et fusent. Nul n’ignore que les nationalisations sont aussi un excellent moyen pour initier de grands projets industriels lourds en infrastructure, sauver de la banqueroute ou recapitaliser un secteur privé responsable de sa faillite, en attendant de futures privatisations qui sont bel et bien advenues.

_ C’est alors que l’économiste distingue nationalisation et étatisation, alors que trop souvent on subordonne le premier terme au second, préférant plutôt envisager une autre voie concernant le secteur bancaire qui serait celui de sa socialisation, de son appropriation sociale qui ne serait pas subsumée sous les fourches caudines de l’appareil d’Etat.

 

7/ Nous approchons de la conclusion d’une intervention toujours plus passionnante. Lordon évoque alors le travail qu’il a entrepris autour de la figure de Spinoza

(ce dont témoigne notamment son ouvrage L’Intérêt souverain paru aux éditions de la Découverte en 2006).

 

_ A partir d’une pensée qui s’est constituée à une époque (le 17ème siècle) où la distinction entre philosophie et sciences sociales n’était pas encore définie et cristallisée, l’économiste fait la critique d’un manque théorique propre au marxisme, malgré ses grandes et toujours actuelles qualités analytiques. Ce dont souffre cette approche est l’absence d’une anthropologie pour laquelle les questions de violence et de passion, d’affect et de désir auraient une importance heuristique fondamentale. Quels affects augmentent notre puissance d’agir ? Quels autres la diminuent ? Quels sont les moyens d’une forme de sublimation sociale de nos pulsions afin de constituer une société juste qui ne ferait pas l’économie, sous prétexte d’idéalisme ou d’humanisme, d’une violence structuralement anthropologique ?

_ On peut contester cette vision « fondamentaliste » ou « structuraliste » de la violence. On peut aussi rester stupéfait devant le comportement grégaire, loin des prophéties libérales sur l’individu libre et autonome, des spéculateurs boursiers qui repose principalement sur cet affect qu’est la peur. Peur de rater le prochain train de l’innovation financière. Peur de ne pas se conformer aux nouveaux critères de la profitabilité. En attendant le prochain krach. Jusqu’à quand ?

_ La peur est déterminée par cette logique sociale qu’est l’obéissance. Au-delà de l’obéissance des rentiers au seul motif de la pompe à profit, c’est aussi l’obéissance telle qu’elle structure les relations de travail. Que dit le Code du Travail à ce sujet ? Un salarié échange sa subordination contre du salaire, le temps de travail échangé étant indexé sur l’obéissance au cadre professionnel requis. La peur, toujours la peur, au travail cette fois-ci, et à laquelle jamais ne peut se substituer la joie de travailler lorsque règnent les rapports de domination réifiés dans la division hiérarchisée de la sphère de la production.

 

8/ Après l’analyse « financiaro-financière », la considération selon laquelle la crise financière relève d’un cadre plus global appartenant à un régime d’accumulation du capital à basse pression salariale, l’affirmation que les responsabilités sont politiques, et la mise en avant de la question des nationalisations distinctes d’une étatisation stricte, Lordon conclut heureusement sur cette distinction, mais en la reliant originalement à la philosophie spinozienne. Soudain, le spectre de l’autogestion revient rôder.

 

_ C’est parce qu’il est tout aussi critiquable de placer entre les mains d’une si grande puissance sociale qu’est l’Etat la puissance capitalistique elle-même (puisque l’Etat sert structurellement de garantie à la perpétuation du capitalisme remis sur ses rails après ses excès systémiques), que Lordon envisage sérieusement une politique non pas d’étatisation mais de socialisation du secteur bancaire, non pas sur le seul territoire français mais au niveau européen, qu’il aimerait logiquement élargir à l’ensemble des moyens de production.

_ C’est le terme d’autogestion qui au bout du compte triomphe lors de la conclusion de l’exposant (un autre économiste hétérodoxe, Thomas Coutrot, insiste sur l’avenir d’une telle option économique). Et ce triomphe est justifié au nom d’une conception élargie de la démocratie qui ne saurait être réduite aux seuls rendez-vous électoraux, et qui ne pourrait jamais être effective si se perpétuait l’obligation à obéir requise aujourd’hui pour travailler, tant dans les entreprises privées que dans les administrations publiques.

_ La démocratie, qui induirait au sein des décisions économiques l’égalité des représentants des salariés, des usagers et des pouvoirs locaux et nationaux, est ce principe politique à partir duquel à la fois rompre avec la logique générale de la subordination (du capital productif au capital financier, du travail au capital), et permettre aux individus de reconquérir leur puissance d’agir dont ils ont été dépossédés au profit d’une confiscation intéressée par les institutions étatiques et capitalistes. C’est l’épilogue de son dernier ouvrage paru il y a deux semaines aux éditions Fayard, La Crise de trop ? Reconstruction d’un monde failli où une conception élargie de la démocratie, des services et de l’appropriation sociale débouche sur ce qu’il nomme la « récommune ». Non pas (ou plus seulement) la chose publique dont tous les citoyens débattent, mais la chose commune dont tous les agents économiques s’emparent.

 

Cette politique de la « récommune », radicalement démocratique et anticapitaliste, recoupe en bien des points ce sur quoi nous travaillons depuis plusieurs décennies, et que nous défendons sous le nom de communisme libertaire.

 

Franz B.
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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 10:06
A eu lieu samedi 06 juin dernier à la maison pour tous Jean-Jaurès du Blanc-Mesnil la rencontre annuelle "4 heures pour la Palestine" organisée par l'AFPS (Association France Palestine Solidarité).

C'était là une occasion pour rappeler l'horrible sort vécu par le peuple palestinien depuis plusieurs décennies, sort encore plus dégradé depuis l'attaque israélienne subie par les Gazaouis pendant 22 jours, entre décembre et janvier derniers, au terme de laquelle 95 % des infrastructures ont été détruites, et plus de 1.300 personnes ont été tuées, la majorité étant composée de civils innocents (dont 500 enfants).

La soirée, qui a commencé à 16 heures et s'est terminé à plus de 20 heures,  a été animée par la journaliste Marina da Silva. A été projeté The Iron Wall de Mohammed Alatar. Ce film documentaire terrible rend compte, à l'instar de Mur de Simone Bitton, des conséquences socialement destructrices dues à l'érection du mur de séparation. Celui-ci, construit à partir du printemps 2002, a été déclaré illicite par la Cour Internationale de Justice en 2004. Ce qui n'a pas empêché les gouvernements israéliens successifs, Sharon, Olmert et désormais Netanyaou, de continuer une entreprise de destruction de la Palestine, qui coupe des villages en deux, qui fragmente encore davantage le territoire palestinien déjà victime d'une occupation coloniale qui dure depuis 42 ans, et qui asphyxie l'ensemble du (précaire) tissu économique dont diposent les Palestinien-ne-s pour (sur)vivre. 

Après la projection, ce sont Bernard Ravenel pour l'AFPS (ancien président et désormais président d'honneur de l'association, en remplacement de Jean-Claude Lefort prévu mais qui s'est désisté au dernier moment) et Jean-François Marx du bureau national de l'UJFP (Union Juive Française pour la Paix - en remplacement de Richard Wagman, le président de l'union empêché au dernier moment), qui sont intervenus pour détailler à la fois les conditions historiques qui expliquent la situation actuelle et les responsabilités européennes, sur le plan politique comme économique, dans ce conflit.

Trois éléments-clé ont été mis en avant :
- la solidarité grandissante en France envers le peuple palestinien telle qu'elle s'est puissamment exprimée au début de cette année lors de l'agression israélienne sur Gaza ;
- la question du nucléaire, qui visiblement pose de plus en plus de problème pour les Etats-Unis qui se préoccupent moins du nucléaire iranien hypothétique que du nucléaire israélien effectif (s'il y a risque de guerre nucléaire aujourd'hui, c'est au Proche-Orient qu'elle éclatera sûrement) ;
- les débouchés commerciaux israéliens qui sont davantage européens qu'étasuniens (l'Union Européenne qui n'a jamais sanctionné économiquement Israël lors de l'attaque sur Gaza et a continué de commercer avec cet Etat en violation de ses propres cadres en matière de droits humains).

Les réactions dans la salle ont été nombreuses, et ont mis en avant :
- la situation du franco-palestinien Salah Hamouri emprisonné et condamné à 7 ans de prison pour des présomptions (Marie-George Buffet, présente ce soir-là, a rappelé que le journal L'Humanité s'engage quotidiennement à rappeler cette situation inique) ;
- le discours en Egypte de Barack Obama qui tranche assez nettement avec les discours du précédent président néo-conservateur Bush, reconnaissant notamment "l'humiliation palestinienne" et le droit de ce peuple à disposer d'une terre et d'un Etat qui en assurerait la protection ;
- le projet économique de tramway reliant Jérusalem aux colonies israéliennes de Cisjordanie, mettant en cause Alsthom et Veolia, et qui va à l'encontre du droit international qui interdit le commerce dans des territoires occupés par une armée étrangère (on a rappelé que ce combat, s'il progresse dans le bon sens, bénéficie du soutien de la CGT Altsthom qui s'oppose à sa direction) ;
- Enfin, rappel a été fait des violences commises sur les marchés de Saint-Denis, Montreuil et Pyrénées-Ménilmontant par le groupuscule néofascisant agrégé autour de Dieudonné et Soral. Les deux intervenants se sont positionnés contre la "Liste antisioniste", expliquant bien que  son antisionisme était un antisémitisme qui ne pouvait stratégiquement s'affirmer comme tel (puisque l'antisémitisme publique est interdit par la loi).

Le projet de communiqué commun incluant les organisations antifascistes et les associations de soutien à la Palestine a été transmis aux représentants des deux organisations.

Parce que l'antisionisme de l'ancien FN Soral et du pro-chiite Gouasmi n'est pas le nôtre, et parce que l'antisionisme que nous défendons au nom de l'indépendance légitime de la Palestine ne recoupe jamais des positions antisémites et une haine d'Israël, il est du devoir de toutes les organisations à la fois pro-palestiniennes et antifascistes de s'unir politiquement, dans les communiqués et dans la rue, contre la nouvelle extrême-droite qui vient, et dont le visage métissé ne doit pas faire écran au contenu autoritaire, brutal et haineux qu'il cache.

A suivre.

Franz B.

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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 17:55

La lutte des onze salariés de Canal Toys continue.

Après avoir remporté une première victoire auprès du patron qui a signé les promesses d'embauche nécessaires à la régularisation, c'est maintenant le combat auprès de la préfecture de Seine-Saint-Denis qui compte.

Un rassemblement est prévu à Bobigny à 16h30 vendredi 29 mai pour assister le dépôt des dossiers.

L'intersyndicale CGT-Solidaires et le comité de soutien seront présents, ainsi que toutes les bonnes volontés pour assurer la bonne continuité d'une lutte qui ne peut pas déboucher autrement que sur notre victoire !

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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 13:46
Canal Toys (Blanc-Mesnil) : la lutte continue, venez soutenir les travailleurs sans papiers pour leurs régularisations ! Au Blanc-Mesnil, une dizaine de salariés de l'entreprise Canal Toys ont mené une grève de deux semaines pour obtenir le simple respect du code du travail (requalification en CDI de CDD multiples) et pour la régularisation des travailleurs sans-papiers. Avec détermination, ils ont obtenu une première victoire auprès du patron: que celui-ci s'engage sur des embauches et des démarches de régularisation. Ils ont également obtenu des gains pour l'ensemble des salariés de l'entreprise, en matière de respect du droit du travail et d'amélioration des conditions de travail. Cette victoire doit maintenant se concrétiser par l'obtention de titres de séjour. Les salariés, soutenus par l'UL CGT du Blanc-Mesnil et Solidaires 93, sont reçus avec le patron à la préfecture de Bobigny lundi 18 mai à 18h30. Ils appellent, ainsi que le comité de soutien auquel participe Alternative libertaire 93, à être massivement présents à leurs côtés devant la préfecture de Bobigny lundi, pour prouver là encore leur détermination à obtenir leur régularisation !
Nous appelons à la solidarité et à soutenir les travailleurs de Canal Toys !
Venez participer au rassemblement lundi 18 mai, préfecture de Bobigny, 18h30
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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 20:11
La Médiathèque Edouard Glissant du Blanc-Mesnil a décidé de célébrer le quarantième anniversaire de Woodstock en organisant plusieurs événements culturels prévus vendredi 15 et samedi 16 mai. C'est un concert d'élèves du département Musiques Actuelles du CRD (Conservatoire à Rayonnement départemental) Erik Satie qui ouvre le bal en permettant à la médiathèque d'accueillir, pour la première fois dans ses murs, de la musique amplifiée : en effet, des reprises de standard rock de l'époque seront jouées à cette occasion à partir de 18h30. Le lendemain, un apéritif psychédélique de rigueur ainsi qu'un concert de Katel, artiste en résidence cette année à la médiathèque, accompagnée au piano par Jeanne Cherhal, suivront le nouveau rendez-vous "Cinéfil" qui clôturera l'année et qui débutera à 17h. Reposant sur la génération de cinéastes qui ont rué dans les brancards du vieil Hollywood de la fin des années 60 à la fin des années 70, l'intervention du critique Jean-Baptiste Thoret, mieux inspiré quand il parle de cinéma que quand il rédige ses consensuels billets d'humeur dans Charlie-Hebdo, Bakchich.info et Rue 89, concernera donc ce que l'on appelle aujourd'hui à la suite du journaliste Peter Biskind le "Nouvel Hollywood". Il se trouve que les analyses concernant cette "parenthèse enchantée" du cinéma hollywoodien, si elles sont nombreuses et de bonne qualité, demeurent faibles concernant le versant économique qui a objectivement déterminé son existence. Sans sombrer dans l'économisme le plus restreint, il est bon malgré tout de rappeler quels ont été les facteurs (macro)économiques ayant autorisé l'émergence d'une telle inflexion cinématographique à l'intérieur d'une sphère industrielle, peu prompte à pareille originalité politique comme artistique.

En général, l’exégèse cinématographique repose essentiellement sur l’analyse de facteurs endogènes : l’analyse esthétique de films domine le champ. Beaucoup plus rarement pouvons nous disposer d’études qui prennent en compte les éléments exogènes qui déterminent la production des films. Analyse du champ cinématographique lui-même, avec ses déclinaisons historiques et géographiques, des règles qui le régissent, et des acteurs qui luttent symboliquement pour dominer et orienter les manières de faire et de penser propres au champ. Pareillement, si la considération d’éléments historiques est en généralement admise pour mieux apprécier les conditions objectives de production des films comme les déterminations relatives à leur contenu fictionnel, l’analyse macro-économique n’est que peu mobilisée pour comprendre les pressions et transformations induites par la dynamique historique du capitalisme afin de perpétuer ses logiques de rentabilité, concernant le champ du cinéma ou toute autre industrie.

 

Prenons l’exemple hollywoodien, et attardons-nous sur l’émergence de ce que l’on a pour convention l’habitude d’appeler le « Nouvel Hollywood », à savoir ces films qui, entre 1967 et 1980 ont contesté de l’intérieur les normes représentatives et diégétiques promues jusqu’alors par l’industrie étasunienne du film. Si nous voulons comprendre plus en profondeur les révolutions qui ont déterminé l’avènement des films d’une génération qui a désiré refonder Hollywood sur des bases davantage politisées et avec une conscience artistique plus affirmée, il ne faut pas mésestimer ni faire l’économie des facteurs précisément économiques (ce que Marx appelait «l’infrastructure ») qui ont rendu pareil avènement possible.

 

1/ La saturation du modèle industriel fordiste :

la rentabilité hollywoodienne rognée


http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:N89C6CydFmNO2M:http://immonews.files.wordpress.com/2008/02/hollywood.jpgSur un plan général, le modèle fordiste promu par les Etats-Unis et étendu à l’ensemble du monde occidental après le seconde guerre mondiale, via le plan Marshall (c’est d’ailleurs ce plan qui a permis la diffusion massive de films étasuniens en Europe, et notamment en France), privilégie dans le domaine industriel les grandes concentrations ouvrières, et préfère soutenir la demande  plutôt que l’offre, c’est-à-dire les demandes de consommation. Ainsi, sur la double base de grand pôles dominés par des industries spécifiques (l’automobile à Chicago, le cinéma à Los Angeles, etc.) dans lesquelles règne une division accentuée du procès de production, et d’élargissement des marchés incluant désormais le monde du travail considéré comme lieu paradigmatique d’écoulement des marchandises que celui-ci produit, le compromis fordiste explique tant l’investissement public massif (du côté des nationalisations comme de celui des allocations revenant aux ménages), que l’extension et la différenciation continues du salariat accompagnées par une progression du salaire nominal indexé sur l’augmentation des prix. Ce progrès économique, identifié (et souvent seulement réduit) à ce que Jean Baudrillard a un jour nommé « la société de consommation », a au bout d’une trentaine d’années d’exercice connu ses limites systémiques. Limites classiques en régime capitaliste qui est mu par une tendance intrinsèque à la suraccumulation afin de maintenir les taux de profit. Jusqu’à ce que la saturation du système entraîne une spirale déflationniste (la baisse des prix qui affecte la rentabilité du capital voit s’enchaîner à sa suite et de manière cumulative destructions de postes de travail, chômage de masse, et affaiblissement de la demande), elle-même induisant la remise en cause de l’ancien modèle organisationnel.

 

C’est une grave crise économique qui s’est ainsi amorcée à l’orée des années 60 pour les grands studios hollywoodiens qui subissent une récession économique s’expliquant d’abord sur le plan macroéconomique par une saturation des marchés entraînant l’équation suivante : toujours plus de films, et toujours plus chers, et de moins en moins de spectateurs permettant à la consommation de rentabiliser la production de films. Cette baisse continue du nombre de spectateurs est ensuite déterminée sur un plan davantage microéconomique par le boom télévisuel : parce que la consommation induit une production toujours plus accentuée de biens domestiques et ménagers, incluant la télévision, les ménages pour lesquels cette partie de l’économie des marchandises a leur préférence contribuent à l’affaiblissement considérable et durable du nombre d’entrées par spectateur. Mais déjà la loi anti-trust de 1948, initiée au nom des dommages causés par les grands monopoles industriels à l’époque précédant le New Deal rooseveltien et en faveur de la protection de la concurrence, cassait les chaînes monopolistes qui liaient ensemble la production et la distribution en passant par l’exploitation en salles. Parce que la part allouée au capital constant (les machines) est énorme dans toute économie industrielle, et parce que la part relative au capital variable (ces facteurs de production incluant le travail) n’a pas cessé de croître (notamment en valeur salariale), ce sont en conséquence les taux de profit qui n’ont pas arrêté de baisser, s’agissant du cinéma, de l’industrie automobile, comme de toute autre industrie.

 

Dès les années 50, les grands studios, victimes de la concurrence télévisuelle, des débuts de la saturation des marchés de consommation des films, et d’une politique anti-monopoliste, perdent beaucoup d’argent. La seule question qui les intéresse n’est pas de produire de l’art (n’oublions jamais comment les studios ont malmené les artistes autoproclamés, Erich Von Stroheim et Orson Welles dont ils se sont toujours méfiés parce que peu rentable puisqu’il s’agit de s’adresser non pas à des sujets mais une masse à rassasier en divertissement), mais : comment rattraper leur mise et se remettre financièrement à flot. C’est une double recherche des bas coûts et de nouveaux marchés qui a d’abord permis d’initier la décentralisation des tournages en direction de l’Europe, et notamment de l’Italie à partir des années 50. On peut aisément imaginer que cette décentralisation en direction de l’Europe a eu pour effets de mettre en contact les équipes de cinéma issues de Hollywood avec l’influence culturelle déterminante du néoréalisme en Italie qui commençait à l’époque à largement dépasser ses frontières nationales (ce dont témoigne la Nouvelle Vague en France), et dont la promotion des coûts de production allégés allait faire son chemin.

 

2/ Un espace ouvert au coeur de l'industrie hollywoodienne

pour le cinéma d'auteur


http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:Rg54Aeo9BY7QvM:http://www.tribeca75.com/video/27416/flv_medium_play_1111430_1419095.jpgC’est aussi une sévère crise symbolique voyant au sein de Hollywood certains réalisateurs profiter de la crise économique grandissante pour contester l’autorité des producteurs. Les contrats longue durée ne sont de toute façon plus la norme juridique depuis la fin des années 40. C’est une façon pour les studios de se délester d’un coût (le salaire des réalisateurs) afin de redonner un élan à leur taux de profit. Mais cela n’est pas suffisant quand cette part est mesurée à la hauteur des capitaux mobilisés (surtout le capital constant) pour faire tourner la machine cinéma. Du coup, c’est une marge de manœuvre qui est nouvellement donnée aux réalisateurs afin de devenir leurs propres producteurs, et ce faisant de pouvoir mieux contrôler la fabrication de leurs films, du scénario au montage. C’est la double remise en cause des monopoles cinématographiques représentés par les grands studios et de la division du travail au sein de l’industrie hollywoodienne (avec cette promotion d’une nouvelle génération de réalisateurs producteurs) qui ouvre une brèche à ce qui sera appelée une décennie plus tard « Nouvel Hollywood ». Les réalisateurs ne se contentent plus d’être les simples exécutants techniques à la solde des producteurs, mais veulent (pour reprendre la distinction de Jean-Claude Biette) devenir cinéastes, et ainsi affirmer un peu sur le modèle français de la Nouvelle Vague un discours artiste (le sociologue Philippe Mary le qualifie justement d’« auteuriste ») qui les pousse à produire leurs propres films. C’est la génération des précurseurs, les Huston, Wilder, Fuller, Aldrich, Mankiewicz, etc. Parallèlement, en dehors de l’industrie, la crise de l’économie industrielle hollywoodienne entraîne la mise en place de microstructures de productions indépendantes remettant en cause la façon même de faire du cinéma. New York symbolise à l’est du pays cette opposition symbolique et pratique à la domination culturelle que représente la Californie dans l’ordre de la production cinématographique.

 

Les innovations techniques (tel le format scope) et le gigantisme des superproductions produites à partir de la fin des années 50 échouent, contrairement à l’arrivée du son à la fin des années 20 et l’avènement de la couleur à la fin des années 30, à ramener dans les salles de cinéma un public toujours plus captif des réseaux télévisuels alors en expansion. Avec l’extinction, dans le courant des années 60, de la génération qui a permis l’installation du classicisme hollywoodien depuis les années 20, un nouvel espace est donc disponible pour des créateurs qui peuvent investir et rénover Hollywood. Leur goût partagé pour les techniques légères d’enregistrement d’images et de sons (issus du champ télévisuel) comme le refus concomitant des studios accomplissent un renouvellement des formes dans un même mouvement d’allègement des coût de productions qui ne peut qu’être apprécié par les tenants des majors en déficit croissant, même si leur méfiance envers la création artistique ne s’est jamais démentie. Mais si celle-ci entre en conjonction avec la nouvelle sensibilité populaire de l’époque, façonnée par un refus des discriminations sociales, sexistes et raciales, une opposition massive à la guerre du Vietnam, et un désir de rupture avec les modèles productiviste et consumériste alors en vigueur, en permettant aux films d’auteur de renflouer les caisses, alors la méfiance des producteurs peut être suspendue. Pour un temps.

 

3/ La réorganisation néolibérale des anciens systèmes industriels :

financiarisation du capital et luttes de classe, Hollywood compris


http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:AyB_Ju9cS13ZBM:http://img2.timeinc.net/ew/dynamic/imgs/080416/spielberg-lucas-84_l.jpgLes marchés sont saturés, les recettes baissent, les studios sont en faillite et ne sont plus en mesure de rechigner devant les audaces des nouveaux cinéastes. A partir de 1971, les majors hollywoodiennes sont absorbées par des conglomérats financiers qui n’ont plus le cinéma comme cœur de cible économique, et qui relancent leur taux de profit par la mise sur le marché mondial à partir des années 70 des films catastrophe et autres blockbusters inscrits dans une démarche marketing incluant jouets et autres produits dérivés. Cette reprise en main « hyper-industrielle » (Bernard Stiegler) en faveur d’une économie qui aura su à la fois reconstituer des logiques monopolistiques, développer de nouveaux segments de marché, et tertiariser l’industrie cinématographique en la plongeant dans les flux des nouvelles technologies de l’information et de la communication – reprise exemplifiée de manière paradigmatique par le succès mondial de Star Wars (1977) de l’ancien gauchiste George Lucas –, met un terme à la parenthèse enchantée qu’aura représenté, de 1967 à 1980, le « Nouvel Hollywood ». Cette absorption est aussi largement déterminée par la situation du dollar à l'époque. La mise en place des accords de Bretton-Woods en 1944 avait institué le système monétaire international pour lequel le dollar devenait la monnaie de référence mondiale des échanges. C’est un système de change or, avec définition de chaque monnaie nationale par rapport à l’or et les parités de change fixe corrélatifs, induisant une logique de paiement fondée sur le dollar qui a seul le pouvoir de se convertir en or et en face duquel les autres monnaies se définissent. Mais au fur et à mesure que se sont reconstituées et modernisées les économies des principaux pays capitalistes, leurs monnaies s’affirmant et leurs comptes s’améliorant ont entraîné une augmentation de leur poids relatif à celui de l’économie étasunienne. Avec pour résultat la montée des avoirs en dollars des partenaires des Etats-Unis, et conséquemment la chute de leur stock d’or. En août 1971, la décision étasunienne de suspendre la convertibilité du dollar en or provoque une logique de changes flottants qui appelle une dynamique financière de spéculation internationale sur les monnaies nationales, ainsi qu’une dévaluation du dollar (reconduite à nouveau en 1973) afin d’améliorer la compétitivité industrielle des capitalistes étasuniens par rapports à leurs concurrents, le coût de leurs marchandises étant de fait moindre. Fort, le dollar était un moyen de domination. Faible, il facilite la compétition internationale (notons que c’est cette série de dévaluation qui va inquiéter les pays producteurs de pétrole payés en dollars, et qui va les conduire à relever leurs prix lors de la quatrième guerre israélo-arabe en 1973). Et cette facilitation va augurer d’une réorientation monétariste et néolibérale de la politique économique internationale, dans une perspective de spéculation sur les devises et les taux de change amorçant un mouvement plus global de financiarisation (soit de fluidification des mouvements de capitaux à l’échelle mondiale) expliquant l’absorption des anciens studios de cinéma dans les trusts financiers qui se constituent à cette époque-là pour répondre au défi structural en régime capitaliste de la relance des taux de profit.

 

http://t0.gstatic.com/images?q=tbn:Yo4wFmuxVTxtFM:http://home.comcast.net/~flickhead/Wanda02.jpgLe plus mémorable est que bon nombres de films produits pendant cette parenthèse enchantée ont su rendre compte, souvent de façon originale et bouleversante, de ces nouvelles inflexions économiques dont les analystes et critiques de cinéma font si souvent l’économie. C’est Wanda (1970) réalisée et interprétée par Barbara Loden qui inscrit les processus sociaux de désaffiliation dont est victime son héroïne éponyme sur fond de crise industrielle (les mines de charbon de Pennsylvanie). Cette crise, déterminée par la nouvelle orientation économique d’alors (et que l’on n’appelait pas encore néolibéralisme) qui préféra substituer aux industries lourdes en coût (s’agissant tant du capital constant que du capital variable, c’est-à-dire le travail protégé par le cordon syndical), va jusqu’à affecter les normes symboliques pour lesquelles l’ethos ouvrier et le modèle patriarcal sont de mise, et en lesquelles ne croit plus l’héroïne. C’est ce diptyque formé par Vanishing Point (1970) de Richard Sarafian et Two-Lane Blacktop (1971) de Monte Hellman qui ne fait pas seulement que pousser à son apogée, via le motif narratif de la course de voitures à travers les Etats-Unis, ce nouveau genre imposé par le « Nouvel Hollywood » (et Easy Rider en 1969 de Dennis Hopper et Peter Fonda), à savoir le road movie. Tantôt, s’agissant du film de Sarafian, la ligne esthétique privilégiée est celle de la dépense improductive et du potlatch qui est l’expression structurale de la tendance nihiliste propre à l’économie capitaliste dont les plus horribles incarnations sont la destruction de richesses à l’échelle industrielle entraînant le chômage de masse d’alors comme la guerre du Vietnam, véritable trou noir à l’intérieur duquel des milliards de dollars ont été échangés contre des millions de vies humaines. Tantôt, concernant le film de Monte Hellman, la logique de la saturation des marchés et de la baisse corrélative des prix ne mène pas à l’autodestruction mais une esthétique de l’épuisement pour laquelle les motifs dramaturgiques et psychologiques s’abolissent dans un final qui, montrant la pellicule s’enflammer, désigne pareillement la pente nihiliste propre au capitalisme. Embrasement paroxystique dans Vanishing Point (mais aussi dans Zabriskie Point réalisé la même année par Michelangelo Antonioni – notons l’homologie des titres désignant, comme dans Point Blank de John Boorman en 1967, un même point final) ou étiolement de Two-Lane Blacktop (mais également dans Wanda) : dans tous les cas, c’est la tendance entropique capitalistique qui est saisie, selon un axe inflationniste ou bien selon celui d’une déflation caractéristique. 

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:CKS_EbIqattuRM:http://img377.imageshack.us/img377/1373/image0190.jpgEnfin, l’immense Heaven’s Gate (1980) de Michael Cimino ne représente pas seulement le point final du « Nouvel Hollywood » dont la valeur historique est qu’il a causé la ruine de la United Artists (créée en 1919 par les grands noms hollywoodiens d’alors, D. W. Griffith, Charles Chaplin, Douglas Fairbanks et Mary Pickford, cette société de production a été rachetée après le fiasco financier du film de Cimino par la MGM, et dont la direction est assurée depuis 2006 en partie par l’acteur Tom Cruise). Paradigmatique demeure ce film au sens où il montre comment Hollywood, engagé dans de nouveaux processus économiques au nom desquels le capital financier a subordonné à ses logiques de rentabilité le capital industriel, n’est que la manifestation, dans le domaine du cinéma, d’une relance des taux de profit qui, du point de vue du capital, s’est joué contre le camp du travail. La lutte de classes que montre Heaven’s Gate s’est traduite par l’expropriation violente de milliers de petits exploitants agricoles ayant récemment migré d’Europe centrale. Impulsée entre 1889 et 1892 dans le Wyoming, cette brutale appropriation a été perpétrée par de grands propriétaires terriens qui souhaitaient ainsi user des terres existantes non pas dans la perspective de les cultiver mais comme supports fonciers afin d’y établir des fabriques capables de concurrencer le pôle industriel qui commence à se développer dans l’est étasunien. Ce passage en force d’une forme de capitalisme à une autre, et qui entraîne une violente dynamique de prolétarisation, répond très précisément à la transition hyper-industrielle alors acceptée par Hollywood, et pour laquelle la reprise en main de la production des films au nom de nouveaux impératifs financiers a valu comme expropriation symbolique des réalisateurs qui avaient pu disposer d’un espace original de création à la fin des années 60. Mais également, le film de Cimino annonce les luttes de classes à venir, notamment dans le monde anglo-saxon où les dirigeants néolibéraux, Ronald Reagan aux Etats-Unis et Margaret Thatcher en Angleterre, vont imposer une financiarisation de leur économie nationale respective au nom de laquelle le projet idéologique de liquidation des anciennes concentrations industrielles, ouvrières et plus généralement salariales, a induit des combats terribles. La mise à mort du syndicat des contrôleurs aériens en 1981 avec le licenciement à vie de 11.345 agents sur 12.000 qui avaient entamé une grève, et la fermeture de 20 mines anglaises en 1984 entraînant une grève de plus d’un an, rappellent la violence sociale des restructurations des processus de production lorsque la rentabilité capitalistique est en cause. Mais c'est aussi la hausse des taux d’intérêt (jusqu’à 8 %) qui, promue par les courants économistes les plus monétaristes, et activée par la banque fédérale étasunienne (FED) en 1979 (soit à l’époque du tournage du film de Michael Cimino), certes vient à bout de l’inflation en restreignant le crédit et en induisant une politique de blocage des salaires, mais surtout elle profite aux créanciers individuels et institutionnels. L’endettement explose et écrase l’épargne. La hausse des cours boursiers dopés par l’accroissement spectaculaire des titres de créance enclenche un mouvement spéculatif dont une des résultantes a donné la crise des « subprimes » en août 2007, prélude à la plus grande crise que le capitalisme ait connu depuis 1929 (les banques mouillées dans les crédits hypothécaires pourris limitent leur offre de crédit, et ainsi contraignent l’investissement productif dont les entreprises ont besoin pour se maintenir à flot). Cette hausse des taux d’intérêt a été programmée afin de lutter contre l’inflation, c’est-à-dire aussi contre la hausse des salaires alors indexés sur les gains de productivité, de rétablir ainsi les revenus financiers de créanciers, et enfin de faire de l’endettement cumulatif de l’Etat un argument pour casser la protection sociale assurée en partie par la socialisation du salaire. Cette fracassante entrée dans l’ère de l’endettement généralisé (comme moteur du nouveau régime d’accumulation) et des déficits budgétaires majeurs (dont profitent les créanciers détenteurs des bons du trésor, soit des titres émis par l’Etat afin d’éponger une dette augmentée à la suite du coup de la FED en 1979) va se traduire dans les pays du centre de l’économie-monde capitaliste par un chômage de masse, et dans les pays de la périphérie par une explosion de la dette du Tiers-monde (et particulièrement des pays d’Amérique du sud, comme le Mexique qui se déclare en août 1982 en faillite). Ce qui entraînera un nouveau cycle de luttes de classe dont témoigne lucidement Heaven’s Gate, avec ses émeutes sociales, ses répressions étatiques, le renforcement autoritariste de l’appareil d’Etat et la reconstitution de mouvements sociaux ou politiques de résistance à l’impérialisme étasunien (c’est la résurgence du zapatisme au Mexique au début des années 1990). Cette violence économique retraduite dans le cadre politique des Etats-Nations intégrés dans les nouvelles règles du capitalisme mondial, comme dans un cadre international surdéterminé par l’impérialisme étasunien, Heaven’s Gate en aura témoigné deux fois : en tant que fiction, et en tant que film.

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