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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 08:22

Genre et rapports sociaux de sexe de Roland Pfefferkorn

(éd. Page 2, collection « Empreinte », 2012)

 

 

 

 

Genre et rapports sociaux de sexe du sociologue Roland Pfefferkorn (également publié dans la collection « Empreinte ») commence là où finit Rapports sociaux de classes de son ami Alain Bihr (cf. Relectures de Marx (III) : Les Rapports sociaux de classes d'Alain Bihr). Si une même perspective marxiste unit les deux brillantes synthèses proposées, Roland Pfefferkorn insiste quant à lui moins sur la surdétermination des rapports sociaux de production capitaliste sur l’ensemble des rapports sociaux, que sur la spécificité des rapports sociaux de sexe. Notamment en raison du fait que ces rapports s’exercent par l’entremise des relations interpersonnelles et que, structurant la division entre l’espace privé dévolu à la sphère reproductive et l’espace public voué aux activités de production, ils sont en tant que tels déniés.  

 

 

Un mode de production économique distinct du capitalisme :

le patriarcat

 

 

L’auteur passe ainsi en revue les avancées théoriques des thèses qui, depuis le fondateur Deuxième sexe de Simon de Beauvoir (1949) et surtout à partir des années 1970, ont accompagné et légitimé sur le versant universitaire et académique les conquis sociaux arrachés de haute lutte à la domination masculine. Les références bibliographiques sont nombreuses, et viennent illustrer l’analyse des grandes tendances sociologiques qui par ailleurs visent toutes la même cible idéologique : la naturalisation des rôles féminins et masculins et leur hiérarchisation productrice d’un système d’inégalités. Si Roland Pfefferkorn ne rentre pas dans le détail du grand clivage séparant les féministes essentialistes (valorisant la spécificité des différences féminines) des féministes matérialistes (œuvrant pour l’égalité entre les hommes et les femmes), c’est surtout pour mettre en avant trois grands mouvements : l’analyse du patriarcat (dominée en France par Christine Delphy), la problématique du genre (issue des Etats-Unis, dans le sillage d’Ann Oakley) et la perspective matérialiste des rapports sociaux de sexe (représentée en France par Danièle Kergoat). La grande avancée des recherches de Christine Delphy inspiré au départ par la méthodologie marxiste (et particulièrement L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat de Friedrich Engels en 1884) a consisté en la démonstration de l’existence d’un mode économique de production spécifique (le travail domestique) dont résultent des rapports de pouvoir particuliers (le patriarcat), au bénéfice de la classe (dominante) des hommes et au détriment de la classe (dominée) des femmes. Au-delà des critiques (anhistoricité du concept, déterminisme dans la reproduction des rapports de domination, privilège accordé à la sphère domestique malgré la salarisation massive des femmes depuis les années 1970), l’analyse du patriarcat a su investir et objectiver un espace jusque-là dépolitisé : le ménage hétérosexuel.  

 

Le genre :

sens et usages multiples et contradictoires

 

 

L’analyse offerte par le genre (et les « gender studies » qui les consacrent davantage dans le champ universitaire anglo-saxon qu’en France) vient compléter et recouvrir cette analyse (et d’autres aussi, du « sexe social » de Nicole-Claude Mathieu au « sexage » de Colette Guillaumin). Au risque d’une neutralisation du caractère conflictuel propre à tout rapport social. Le genre est ainsi susceptible de toutes les configurations conceptuelles : tantôt c’est la réduction de l’analyse dans les domaines culturels et linguistiques au détriment d’une perspective matérialiste en termes de rapports de classes ; tantôt c’est l’extension de l’analyse de la domination jusqu’aux sexualités dominées par l’« hétérosexisme » (depuis la « pensée straight » de Monique Wittig jusqu’à la pensée « queer » de Judith Butler). Le risque d’un usage polysémique, fédérateur et donc neutre de la catégorie de genre (d’ailleurs prévu par l’une de ses initiatrices, Joan Scott) peut également induire la conceptualisation d’un « système sexe/genre » (Gayle Rubin) qui relègue le sexe dans l’anhistoricité biologique, hors toute idée de construction sociale (alors que le sexe est aussi « dans le flacon » dirait Ilana Löwy). Malgré sa force heuristique bien réelle s’agissant de troubler les catégories binaires comme de signifier les rapports de pouvoir régissant les identités sexuées, Roland Pfefferkorn privilégie in fine au concept de genre la notion de « rapports sociaux de sexe ».

 

 

A l’intersection des rapports sociaux de classe :

les rapports sociaux de sexe

 

 

En rappelant le caractère sexuel de la division sociale du travail, en identifiant l’interdépendance entre rapports de production et rapports de reproduction, et en envisageant de manière dialectique la sphère du travail comme « levier de la domination » et comme « levier de l’émancipation » pour les femmes, la problématique des rapports sociaux de sexe emporte donc l’adhésion du sociologue parce que celle-ci substitue au discours de la surdétermination celui de la « consubstantialité » (Danièle Kergoat) des rapports sociaux. Manifestant ultimement les enjeux (autant matériels que symboliques) autour de phénomènes sociaux considérés comme décisifs entre groupes sociaux divisés par des intérêts antagoniques, les rapports sociaux (et non les relations sociales) sont « coextensifs ». Et leur coproduction entraîne une complexification générale du social quand s’ajoutent aux rapports sociaux de sexe les rapports sociaux classe, mais aussi de génération et de racisation. C’est donc à une pensée de leur articulation conjointe qu’invite l’ouvrage roboratif de Roland Pfefferkorn afin de sauver toute politique d’émancipation des risques de la hiérarchisation des combats nécessaires (dont les uns seraient prioritaires et les autres seulement secondaires). 

 

Post scriptum : « On ne naît pas femme, on le devient » avait affirmé Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe. Presque cinquante ans plus tard, Pierre Bourdieu lui répondait en toute logique dans La Domination masculine (1998) en affirmant que : « On ne naît pas homme, on le devient ». La (co)production sociale des femmes et donc aussi des hommes reste un acquis de la pensée matérialiste antisexiste. Pourtant, comme l'explique Roland Pfefferkorn, la vision sociologique de Pierre Bourdieu, axée sur les mécanismes structuraux de la reproduction et leur caractère moins matériel que symbolique, est une héritière impensée d'un structuralisme incapable de penser l'émancipation. C'est pourquoi il faut rappeler que les agents sociaux n'en demeurent pas moins des acteurs qui disposent, à l'intersection des différents rapports de domination (classe et sexe, génération et racisation) qui les constituent comme sujets individuels et collectifs, de marges de manoeuvre au sein desquelles se distingue le travail, malgré son ambivalence (comme « levier de la domination » et à la fois comme « levier de l’émancipation »).

 

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Published by Franz B. - dans libertaires93
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