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  • : Communistes libertaires de Seine-Saint-Denis
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  • : Nous sommes des militant-e-s d'Alternative libertaire habitant ou travaillant en Seine-Saint-Denis (Bagnolet, Blanc-Mesnil, Bobigny, Bondy, Montreuil, Noisy-le-Sec, Pantin, Rosny-sous-Bois, Saint-Denis). Ce blog est notre expression sur ce que nous vivons au quotidien, dans nos quartiers et notre vie professionnelle.
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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 12:19
King, l’avant-dernière pièce de théâtre de Michel Vinaver présentée au Forum du Blanc-Mesnil les jeudi 02, vendredi 03 et samedi 04 avril derniers, pose les questions des rapports étroits que noue le motif utopique entre capitalisme d'un côté et communisme de l'autre. Mettant en scène la figure de l'inventeur de la lame jetable, King C. Gillette, éclatée selon les âges du protagoniste (et donc interprétée par trois acteurs différents), la pièce de Vinaver insiste sur les contradictions du système capitaliste (abolir la concurrence, gaspilleuse de richesses, sur la base de sa généralisation complète) desquelles peuvent émerger tantôt le meilleur (une société socialiste), tantôt le pire (un monde totalitaire). Moderne dans sa facture (déconstruction narrative et fragmentation textuelle), politique dans son contenu (l'actualité de l'utopie dans un monde morcelé par la violence capitalistique), cette oeuvre requiert pour pouvoir l'apprécier une pratique assise sur de bonnes ressources culturelles. Et leur répartition n'est pas vraiment aujourd'hui égalisée. Et celle-ci ne sera effective que dans une société (pour le moment utopique) qui aura réalisé l'égalité matérielle.

 

A l’occasion de la première soirée, la représentation a été quelque peu gênée par divers bruits émanant des dernières rangées de fauteuils. Ceux-ci étaient occupés par des lycéens en bac pro vente qui travaillent depuis quelques semaines, dans le cadre d’un partenariat entre le Forum, leur lycée et la médiathèque du Blanc-Mesnil, autour de la pièce de Vinaver. Le travail en « immersion » dans lequel ont été plongés les lycéens et qui a duré une semaine n’aura pourtant pas empêché un désir de leur part de bousculer, malgré les rappels à l’ordre de l’équipe présente le soir de la représentation (comprenant le metteur en scène lui-même), les termes (silencieux) du contrat implicitement exigé pendant la représentation de la pièce de théâtre.

 

Il y a là un symptôme sociologiquement passionnant à analyser, et qui exprime les contradictions vécues par les agents culturels d’institutions situées dans des communes plutôt populaires, ouvrières, et riches d’une histoire migratoire qui s’ancre aussi dans le passé colonial français (comme c’est le cas au Blanc-Mesnil), et une volonté affichée de distinction et de prestige (telle qu’elle est représentée par la pièce de Vinaver accueillie par le Forum) nécessitant tout un travail de légitimation auprès de la population locale. La contradiction serait ainsi la suivante : le légitimisme relatif à une programmation culturelle souvent taxée par ses détracteurs d’élitiste, et qui participe d’une situation concurrentielle avec d’autres équipements culturels situés dans les communes voisines, souffre d’être illégitime auprès d’une population locale qui ne dispose pas du « capital scolaire et culturel » (Pierre Bourdieu) qui lui rendrait accessible ladite programmation. Ce choc est celui des légitimités et de leur hiérarchisation dans une société clivée en classes sociales antagonistes. Il voit la légitimité d’une institution culturelle ne pas être reconnue comme telle par les illégitimes (qui sont souvent les administrés dont l’imposition finance ce type de structure) qui savent bien qu’ils ne sont pas faits pour elle, et qui même préfèrent contester la légitimité existante plutôt que de s’y intégrer tranquillement.

 

Tous les partenariats et tout le travail commun sous forme d’une « immersion », même s’ils sont en l’état nécessaires (car mieux vaut agir plutôt que ne rien faire), ne permettront malgré tout jamais d’effacer complètement les inégalités culturelles entre des individus dont les positions sociales divergent, comme entre les agents des services culturels d’une municipalité populaire (fonctionnaires ou associatifs appartenant aux classes moyennes intellectuelles ou intermédiaires), et les usagers potentiels de tels services qui, issus généralement des classes populaires, souffrent de multiples formes sociales de domination. Si d’un côté l’institution culturelle se doit de fabriquer le crédit symbolique dont elle a besoin (la participation des lycéens) pour légitimer auprès de la population locale son existence, de l’autre le volume de capital culturel requis pour apprécier sa programmation ne peut se constituer en l’espace de quelques semaines pour des individus dont l’habitus s’est forgé durant des années en opposition à la culture la plus légitime qui, et ces derniers ne l’ignorent pas, est le produit de la classe dominante. Cette contradiction concernant la sphère culturelle ne sera définitivement levée qu’à partir du moment où l’égalisation utopique des positions sociales sera réellement accomplie. Les contradictions du capitalisme n'ont donc pas seulement été exposées sur la scène de théâtre : elles étaient aussi présentes dans la salle.

 

Franz Biberkopf

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Published by Communistes libertaires du 93 - dans Blanc-Mesnil
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